
Je lisais récemment le billet (excellent) de Bertrand Duperrin sur le changement de fonction des managers lorsqu'ils entament leur parcours en entreprise 2.0 et comme je n'ai pas pu faire de commentaires, je vais les faire ici. (tant pis pour lui ;D)
Il est tout à fait vrai et non caricatural de dire que l'ancienne méthode de managment à la 1.0 est un frein en 2.0. Qu'il est important pour un manager 2.0 de déléguer, de rendre ses équipes les plus autonomes possible en leur donnant la confiance et les outils pour le faire sans avoir besoin que leur manager valide, signe toutes les étapes d'avancement.
J'ai toujours considéré qu'un manager qui passait son temps à valider et à mettre les mains dans le cambouis n'était pas un bon manager. Ce type de manager n'a finalement et contrairement à ce que pensent certains cabinets de recrutement aucune (ou trop peu) de valeur ajoutée dans l'entreprise d'aujourd'hui.
Reprenons, qu'est-ce qu'un manager aujourd'hui? A mon sens, les tâches à valeur ajoutée d'un manager se situent dans la stratégie et dans le support aux équipes.
Ce n'est pas en ayant la tête dans le guidon et les mains dans le cambouis (encore!) qu'un manager peut prendre le recul nécessaire
1) pour prendre les bonnes décisions,
2) pour avoir une vision claire de son environnement
3) pour guider la barque dans le bon sens.
Et comme le dit Claude Super , l'entreprise 2.0 a besoin de leader et non de manager et je crois que les termes définissent finalement bien l'évolution.
Mais en fait la difficulté ne se trouve pas là.
Servir de support uniquement lorsque les équipes sont bloquées et qu'elles ont réellement besoin d'aide, faire de la stratégie et de la veille, finalement, c'est assez sympathique et allège de façon drastique son agenda (80% de réunion, de reporting, de paperasse en moins).
Par contre, là où ca devient corsé, c'est effectivement la réaction des équipes qui, si cela est mal accompagné et mal expliqué, devient incompréhensible pour elles. Pour l'avoir vécu (et vivre encore) la première réaction est : "ah, ok, maintenant on fait le boulot du manager qui lui est payé 2 fois plus... scandaleux, qu'il aille se faire Biiiip". Il faut absolument expliquer que la fonction du manager évolue aussi et qu'il doit devenir leader. Que lui aussi va avoir plus d'autonomie et plus de responsabilités et que pour cela il doit prendre du recul (bien différent que de buller sur sa chaise) pour montrer la voie et devenir support disponible pour ses équipes dès qu'elles en ont besoin.
C'est étrange mais il y a un énorme paradoxe dans ces organisations. Avant, les équipes reprochaient de ne jamais avoir d'autonomie, qu'il fallait toujours passer par le "chef" pour valider, qu'elles ne pouvaient pas lever le petit doigt sans prévenir leur N+1, N+2 jusqu'au Top et de devoir attendre 3 mois pour que cela redescende (souvent trop tard). Et lorsque vous donnez cette autonomie tant désirée en disant "Ok, maintenant c'est vous qui devenez responsable de ce que vous faites, je vous fais confiance, je suis là que pour débloquer les situations, et non plus pour vous surveiller", les équipes se retrouvent complètement perdues. Je me suis souvent dit que cette réaction devait avoir un rapport avec le syndrome de Stockholm mais je ne suis pas psychiatre, je leur laisse le soin de faire l'analyse.
En l'absence de dialogue et d'accompagnement dans la mutation, vous aurez tôt ou tard des problèmes liés à des demandes de compensation salariale qui sembleront tomber sous le sens " Je fais son job, je devrais être payé plus". Problème qui s'ajoutera à celui de la rémunération dans un modèle collaboratif -> voir
Si le "Caricatural" était suite à ma réaction, il me semble qu'on ne sait pas compris(Voir mon commentaire sur le blog de Bertrand Duperrin).
RépondreSupprimerToutefois même si je suis convaincu que nous partageons le même point de vue, je ne suis pas d'accord sur un point : mettre les mains dans le cambouis. Et ceci pour deux raisons :
- dans une organisation 2.0, il est important que la répartition se fasse dans les deux sens : on donne plus de responsabilité à certain et montrer qu'on prend une partie de la production donne un vrai gage d'engagement dans cette démarche
- tu notes à juste titre, la difficulté de mettre en place la délégation mais dans l'exercice difficile de la communication, avoir suffisamment d'expérience dans le cambouis permet de démontrer son leadership (expertise + management). Dans le rôle du support, ça rassure énormément aussi.
Si tu rassures quant à ta capacité à être multi-carte, les remarques sur le salaire n'ont plus lieu d'être.
Qui voudrait d'une personne qui n'a pas d'expertise pour leader ?
RépondreSupprimerJe trouve qu'un bon leader, dans un domaine d'expertise j'entends, doit être à même de comprendre la complexité de son domaine pour pouvoir comprendre les difficultés rencontrées par son équipe.
Qui voudrait d'une personne qui sais pas comment demain sera fait ?
C'est de plus une personne qui a une vision non à 3 semaines mais à au minimum à 3 ans dans son domaine d'activité sinon attention au mur.
C'est une personne qui doit aussi savoir prendre des risques, rester intègre, supporter les pressions externes et soutenir son équipe dans les moments difficiles.
Qui voudrait d'une personne qui se cache derrière un "anomyme" pour leader ?
Je suis persuadée que le mieux pour choisir un leader est de le faire nommer par son équipe.
Quitte à changer de leader si celui ci perd son assurance et son leadership.....ca arrive aussi personne n'est à l'abris de la lassitude ou tout simplement à l'abris de la maladie ou d'un accident.
Ce serait une nouvelle forme de management et de leadership qui permettrait de ne pas faire retomber le dynamisme de l'équipe car dans la durée difficile de tenir la distance, je ne citerait qu'un récent exemple "Steve Job".
Certain emploi la méthode "nouveaux arrivants".
Au sein de sa propre équipe, en tant que leader, nous serions tous prêts à céder notre place à une personne de l'équipe qui démontrerait les qualités nécessaires à tenir ce rôle mieux que nous.
Nous deviendrions alors des leaders de leaders....
Cela demande vraiment un sens de la responsabilité individuelle mais encore plus un sens de la responsabilité collective. Savoir s'effacer devant plus brillant que nous.
Il faudrait donc savoir aussi rester humble....
Merci à vous que je ne connais pas de nous donner cet espace pour s'exprimer. C'est tellement agréable de pouvoir partager ses réflexions sur un sujet donné et tellement rare aussi.
Merci Hymette et Godai Yusaku pour ces commentaires très intéressants
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